La Zone est un zoo sinistre

 De la vallée nous pensons voir de grandes choses, mais du sommet de la montagne nous n'en voyons plus que de petites. Pour celui qui se tient droit debout sur le roc, il est bien difficile de partager son point de vue avec un individu allongé mollement sur le sol, le nez plongé dans l'herbe verdâtre, grasse, humide, malodorante et sale. A l'instar de Zarathoustra, c'est vers les sommets que nous voulons marcher, quitte à fouler du pied les avachis qui tenteraient de faire obstacle à nos pas, tels les bons citoyens toujours prompts à mettre en œuvre ce que la doxa leur demande. Ici, dans le périmètre de la Zone, le sommet le plus élevé, celui du Pic Saint-Loup, culmine à 658 m.

pic saint-loup

 Ce qui, pour les habitants de la Zone, représente une hauteur vertigineuse, tellement le citoyen du coin est plat, absolument sans relief, et stupide. Lorsque, par une annonce publicitaire télévisée, il est amené à l'idée de s’élever au-dessus de sa condition ordinaire, il court, au préalable, chez Décathlon, afin de s'équiper de la panoplie du randonneur prêt à partir à l'assaut des plus hauts sommets de l'Himalaya. Nous avons déjà vus ce type d'individus grotesques au pied du Pic Saint-Lou, dans cet accoutrement ridicule, smartphone en main, pour, au retour de l'ascension, ô combien périlleuse, pouvoir épater les copains. Amis douteux qui passent la journée à Palavas-Les-Flots, smartphone en main, planche de surf rutilante sous le coude, alors que, depuis l'immonde plage au sable gris jaunâtre, ils font face à de misérables vaguelettes vaseuses, celles de la Méditerranée atrocement polluée. La Zone est le plus grand zoo humain du monde, sinistre zoo pour idiots décervelés.
 Parfois, légèrement tristes et passablement écœurés, nous nous demandons ce que nous foutons ici, involontairement échoués, il y a des années, au cœur de la Zone cardiaque et moribond.